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27. settembre 1990
Coopération
Bâle
Françoise Jaunin
BOURREAUX ET MARTYRS
La violence tragique du souvenir
Pour la première fois, mais simultanément en trois lieux différents, l'Autrichien Gottfried Helnwein expose en Suisse: à Bâle, Berne et Lausanne.
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Il présente une hallucinante galerie de portraits de tortionnaires et de victimes qui rappellent les horreurs de l'holocauste, mais valent aussi pour toutes les tyrannies.
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Autrichien, Gottfried Helnwein l'est totalement, viscéralement, en s'inscrivant dans le droit fil du mouvement expressionniste du «Wiener Aktionismus» des années septante qui pratiquait une peinture hyperréaliste très dramatisée, des «happenings» violemment provoquants et des auto-mises en scène souvent sanglantes.
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Mémoire ravivée
Mais anti-Autrichien, il l'est avec tout autant de véhémence passionnelle, puisqu'il n'en finit pas de raviver la mémoire de son pays qui avait accueilli avec empressement Hitler, l'«Anschluss» (il est né tout juste dix ans après) et les aberrantes théories de l'eugénisme aryen. Ses compatriotes ont réagi à son uvre terrible avec la même violente ambivalence: tandis que ses expositions en Autriche en Allemagne ont souvent provoqué des protestations violentes et ses uvres même parfois lacérées au rasoir, il s'est vu décerner nombre de prix très officiels.
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Théâtre de la cruauté
Malgré une virtuosité de peintre éblouissante, Helnwein a progressivement abandonné la peinture au profit de la photographie. En moraliste écorché que les horreurs du passé obsèdent et que les atrocités du présent taraudent sans lui laisser de répit, HeInwein a éprouvé le besoin de toucher la plus large audience possible. En tant que moyen de reproduction de masse, la photo lui a semblé une arme plus efficace pour toucher en plein cur de la conscience collective avec son théâtre de la cruauté. Certaines de ses images, terrifiantes et superbes, sont presque insoutenables.
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Bourreaux et martyrs s'y succèdent dans une hallucinante procession où les visages sont momifiés par les bandages, grimés de blanc ou bâillonnés de noir et où les chairs sont truffées d'appareils chirurgicaux qui sont autant d'abominables instruments de torture. Se mêle aussi à ce cortège cauchemardesque une galerie de têtes contemporaines où l'on reconnaît au passage Andy Warhol, Léni Riefenstahl, Mick Jagger, le sculpteur officiel du nazisme Arno Brecker ou le promoteur de la «sculpture sociale» Josef Beuys.
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Berne, Chalet Muri, jusqu'au 29 septembre.
Bâle, Galerie Liliane Andrée, jusqu'au 6 octobre. Lausanne, Musée de l'Elysée, jusqu'au 21 octobre. |
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| 27. settembre 1990 | Coopération | Françoise Jaunin | |
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